Patrimoine

JOUÉ A L' ÂGE DU BRONZE ET DU FER

Le nom de Joué dérive du nom commun: gaudium qui veut dire la joie, donc un lieu plaisant, où il fait bon vivre.
Nos ancêtres lointains le savaient bien, car notre commune était déjà peuplée à  l’âge du Bronze à partir de 2200 av. J. C. puis vers 800 av. J. C. avec l’âge du fer, notamment avec l'exploitation de l'étain sur la mine d’ Abbaretz , qui sert à la fabrication du bronze, et qui remonte à la protohistoire. Elle est attestée jusqu'au IIIe siècle après J.-C. Les études des vues aériennes et satellitaires de notre territoire montrent un nombre particulièrement élevé de traces d’habitats pendant ces périodes. C’est une bonne quinzaine de sites qui jalonnent nos vallons et nos hauteurs.
On observe sur les photos aériennes des enclos de forme circulaire de 20 à 50 m de diamètre, dont la morphologie pourrait indiquer qu’il s’agit d’habitat groupé ou d’enclos funéraires. D’autres de forme ovoïde ou rectangulaire affichent des cotes plutôt conséquentes, des largeurs de  60 m et des longueurs de 110 à 150 m ; ces espaces entourés de fossés n’ont pas encore livré la nature de leur destination.
Récemment une étude de vue satellitaire nous a fait découvrir un complexe assez étonnant :  des structures  circulaires imbriquées  et un grand enclos à double fossé, peut être la tombe d’une personnalité locale ? Ce système d’enclos d’époque indéterminée, évoque clairement une nécropole. Proche du bourg actuel un site a été identifié comme une ferme ‟ indigène ” de l’âge du fer,  mais plutôt s’agit-il  de l’habitat d’une collectivité ? En effet, à une surface circulaire d’un hectare et demi entourée de systèmes fossoyés complexes s’ajoute de nombreux autre enclos quadrangulaires. La surface globale de l’implantation des différents vestiges est d’environ cinq hectares. Près du vieux bourg de Joué, un autre site présente une surface de deux hectares et demi. Peut-être que l’origine de notre petite cité se trouve en ce lieu peuplé de quelques familles gauloise, venues s’installer sur les bords de l’Erdre, il y a plusieurs milliers d’années ?  (Texte écrit avec la participation de Philippe Taurisson, historien local)

 

LA VOIE ROMAINE A JOUÉ

A partir de la conquête de la Gaule, notre territoire conserve des  traces  de la période allant du 1er siècle av JC au Vème siècle appelée l’époque gallo-romaine. Même s’il existait déjà des chemins au temps des gaulois, les légions romaines étaient constituées de guerriers, mais qui étaient surtout des bâtisseurs. Avec le  dolabre (ou doloire), qui  est sans doute l'outil le plus célèbre du légionnaire romain : hache d’un côté et pioche de l’autre, il sert à l'édification des retranchements, des ponts et surtout des voies romaines.
Construites avec les matériaux trouvés sur place, la principale qualité de ces voies est leur drainage : en alternant des couches de sable, terre  et de gravier, elles forment des chaussées bombées, bordées de fossés, parfois mais pas toujours, un dallage est ajouté en surface. Ces constructions permettent bien sûr le passage des troupes pour créer la « pax romana » , mais au-delà de la pacification, ces voies permettent d’acheminer le courrier et surtout les marchandises (agricoles, métaux…) destinées à enrichir l’Empire.
Une voie importante traverse le territoire de Joué, aujourd’hui on dirait une autoroute, elle part d’Angers vers Blain et se poursuit ensuite vers Vannes.
Un archéologue du 19ème siècle, Louis Bizeul,  raconte : « Lors de ma visite à l’abbaye de Melleraye, le Père abbé me conduisit à l’étang du Pas Chevreuil en cours d’assèchement. Je vis un énorme sillon de rocaille dans toute la largeur de l’étang. Cette portion de la voie romaine était élevée de 2 m sur le fond du ruisseau . Elle a été submergée pendant des siècles par les eaux de l’étang. » La voie est encore visible pour un regard averti, dans la forêt, près de la Haye Porcher. Elle passerait ensuite à la Bolinière puis au village de Vioreau. Ensuite on la retrouve au nord de Notre Dame des Langueurs. Lors de l’inventaire archéologique de la commune réalisé par Patrick Bellanger, en 1997,  Jean Brosseau de la Haie de Thély déclarait : « Lors du remembrement, j’ai trouvé de nombreux moellons. » Cette voie aurait perdurée jusqu’au Moyen Age puisqu’elle portait l’ancien nom  de « la route de la duchesse de Rohan ».La toponymie des parcelles le long de la voie livre également des indications : « les roches plates, le tas de roches, la chaussée… ».Enfin la route passe au nord de la forêt de Saffré, puis près du village d’Augrain, via Blain.

 

DES VESTIGES GALLO-ROMAINS AUTOUR DE JOUE SUR ERDRE

Si la recherche archéologique n’a pas encore trouvé de vestiges antiques d’importance sur notre commune, plusieurs communes voisines possèdent des sites remarquables, qui attestent d’une vie active dans la région à cette époque.


A Petit Mars, (on devrait dire à Mars, l’adjectif petit a été ajouté seulement au XVI ème siècle) ; au  XIX ème siècle,  des vestiges d’un théâtre et des arènes ont été découverts, ils sont situés à proximité du vieux bourg dans les marais, mais à l'origine, les lieux étaient recouverts par la forêt de Mars, où les Romains auraient établi un camp Nord pour surveiller la cité des Namnètes. Dans ce lieu, et dans une perspective d’intégration des Gaulois à la civilisation romaine, les Romains organisaient des mises en scènes théâtrales et des jeux équestres qui servaient à honorer le dieu Mars ; la nature du terrain était aussi propice aux courses de chevaux. De plus, dans les sanctuaires de la Gaule, on constate une fusion entre les divinités celtiques et romaines, Mars devient ainsi Mars Mullo ou Teutatès Mars  dans plusieurs sites de l’Ouest de la France.

A Nort sur Erdre, sur le site de la Motte-Saint-Georges, lors de la création d’un lotissement, en 2005, le site archéologique  révèle la présence d’une  villa gallo-romaine. Patrick Bellanger, archéologue, un des responsables  de l’opération explique : « Ce vaste ensemble disposé en bordure de plateau s’étend sur une superficie pouvant être estimée à environ 6 400 m2. Malgré un arasement généralisé dû aux récupérations et épierrements à des fins de mise en culture, l’emplacement des murs demeure visible par la présence de leur semelle de fondation, leur arase maçonnée ou leur tranchée de récupération. Organisée  selon un plan carré de quelques 80 m de côté, plusieurs pièces de bâtiments semblent s’articuler autour d’une cour ou d’un espace central.  Dans l’angle sud-ouest, un groupe de petites pièces au sol de béton de chaux conservé, évoque de possibles thermes privés ouverts sur l’extérieur. » La villa construite, dans la deuxième moitié du 1er siècle avant Jésus Christ, sera occupée jusqu'au IIIe siècle. Puis le site sera peu à peu abandonné en raison de l’insécurité des siècles suivants.


A  Pannecé,  un  dépôt monétaire important a été découvert en 2002, il était contenu, dans deux  pots en céramiques . Estimé à plus de 40 000 monnaies, principalement  régionales du IIIe s. apr. J.-C. Ce trésor de Pannecé se rattache au contexte de la crise politique, militaire et économique de la fin de ce siècle. II fait partie de ces enfouissements hâtifs réalisés dans un contexte d’insécurité, soit en raison de révoltes locales, soit sous la peur des premières incursions barbares en Gaule, ou de « pirates » saxons ou germaniques le long des côtes et des voies navigables armoricaines en particulier, soit pour de toutes autres raisons militaires, économiques ou fiscales.


« l’exposition Loire-Atlantique, terre de trésors sera bientôt ré-ouverte au château de Châteaubriant » en 2021.a date

LA MOTTE CASTRALE D'ALLON

Qu’est  qu’une motte castrale ? La motte féodale ou castrale apparaît dès la seconde moitié du Xe siècle dans un climat d’insécurité et de rivalités permanentes, engendré par le morcellement du pouvoir.  Simples et rapides à construire, elles permettent de répondre aux enjeux militaires des IXe et Xe siècles : contrer les raids de pillage menés par des troupes peu nombreuses et très mobiles. Elle est constituée d’une tour de bois carrée ou rectangulaire qui prend appui sur un monticule de terre artificiel. En contrebas est aménagée une cour  entourée d’une palissade et d’un fossé. Elle abrite les logements des domestiques et des hommes d’armes, les écuries, la forge, les fours et les granges. Une rampe de bois sur piliers permet d’accéder à la tour car elle est séparée de la basse-cour par un fossé et deux autres palissades (au pied de la motte et autour du donjon). Cette tour sert le plus souvent de résidence au seigneur et à sa famille, et de réserve de nourriture. La localisation en zone humide (marais) ou sur des escarpements rocheux constitue de réelles entraves à la progression d’assaillants.

 

Lamotte d’Allon : taillée dans le flanc d’un coteau qui domine l’Erdre, la butte est dans un parfait état de conservation, hormis la tour en bois qui a bien sûr disparue. Elle se situe sur un éperon rocheux qui surplombe la rivière. Mesurant  une soixantaine de mètres de diamètre, elle est entourée par un fossé circulaire de 5 m de large et 2 m de profondeur. Elle commande aussi un passage de l’Erdre nommé Le Gué du Château. Des photos aériennes montrent  qu’elle était  entourée de deux cours successives délimitées par des fossés.

 

Le rôle des mottes castrales : En l'an mil la motte fait partie du paysage de l'Occident chrétien. Une motte est rarement seule : on trouve des réseaux de mottes, par exemple sur la rive d'un ruisseau, pour donner l'alerte, de motte en motte transmettre des signaux sonores ou lumineux, le long de cette voie de pénétration naturelle qui risquait d'être utilisée par des envahisseurs. Plus de 600 ont été recensées dans le Maine-et-Loire et  225 pour la seule seigneurie médiévale de Châteaubriant (selon Michel Brand’honneur).  A Joué existait une seconde motte au lieu dit « La Butte » prés du moulin de la Chauvelière.  A Trans un village se nomme également La Motte au bord de l’Erdre. Peu à peu la motte castrale sert toujours à la défense mais également à montrer la puissance et l'autorité des seigneurs locaux qui la possèdent mais de ces premiers seigneurs nous ne savons rien. A partir du XIIe siècle  les mottes castrales sont remplacées par des châteaux forts en pierre situés à proximité en général.

 

 

 

HISTOIRE ATYPIQUE AU CHATEAU DE VIOREAU

Marie France Marchand est la propriétaire de l’ancienne chapelle du château de Vioreau et également des terrains alentours, où était édifié le vieux château, sur les bords de l’étang du même nom.

 

Après une carrière professionnelle de 32 ans à Paris, elle revient s’installer dans l’ancienne chapelle au début des années 2000, avec son conjoint Philippe Taurisson.

 

Ensemble ils rénovent cette ancienne chapelle. Ils enlèvent le vieux crépi de chaux des murs et surprise, ils trouvent la belle porte d’entrée romane de la chapelle, une autre porte romane, des poutres sculptées et le lavabo liturgique du XVème siècle. Ce lavabo servait lors des célébrations pour que l’officiant se lave les mains avant le rite de la communion.

 

Ils commencent aussi à nettoyer les extérieurs de l’habitation entourée de broussailles. Et surprise encore, cachés sous les ronces ils retrouvent des pans de murs du château  et en installant les réseaux eau et électricité et la station d’épuration, ils mettent à jour une partie des douves. Depuis pris de passion par cet édifice, ils consolident les murs et font  des recherches historiques sur cet ancien château. Une autre histoire atypique qui méritera d’être contée dans un prochain flash info.

 

 

 

NEUF GENERATIONS DE MEUNIERS

Depuis 9 générations, la famille de Marie-France habite la même maison originale qui n’est autre que la chapelle castrale de l’ancien château de Vioreau.

 

« Un de mes ancêtres, François Marchand, né à Nort-sur-Erdre dans une famille ayant déjà des fonctions dans la meunerie, épouse en 1762 Anne Bouesseau la fille du meunier du moulin de Mouzinière, dépendant de la Chauvelière, cette famille est elle aussi depuis plusieurs générations dans la meunerie. Deux ans après, veuf, il épouse  Julienne Barbin, la fille du meunier du bourg de Joué, dépendant des barons de Châteaubriant.

 

En 1770 avec sa femme ils prennent la gestion-fermage du moulin* à eau de l’ancien château de Vioreau (le logis du meunier est déjà l’ancienne chapelle). De père en fils la saga des meuniers continue. À l’époque les baux sont signés tous les neuf ans avec les princes de Condé. Après la révolution mes ancêtres achètent le moulin, le logis et une vingtaine d’hectares de terres attenantes.»

 

En 1834, à la mise en eau du grand réservoir de Vioreau qui doit alimenter le canal de Nantes à Brest, le moulin est rasé et disparaît totalement, les pierres auraient servi à renforcer la chaussée et le chemin du ‟ Petit Vioreau ”. Mon ancêtre Jacques Marchand devient alors agriculteur. Mais l’histoire de leur demeure continue.

 

Mon grand-père, mort en 1965, racontait à ses petits-enfants que, dans cette maison il existait encore la porte, les poutres et les fresques de la chapelle. La chapelle ainsi que le château de Vioreau ont été de tout temps (depuis 1170 au moins ) la propriété en propre des Barons de Châteaubriant, qui y ont reçu plusieurs rois de France.

 

*31 mars 1609  décès de René Brossier, moulinier demeurant au moulin de Vioreau, étouffé dans la chute de la meule du moulin (Registres paroissiaux de la commune)

 

 

 

LE MOULIN DE BEL AIR

Ses origines remontent au  XVIIè-XVIIIè siècle. En premier il était de la mi-hauteur de celle que nous voyons aujourd'hui. On peut observer, à l'extérieur, la différence des pierres ; à l'intérieur, l'escalier d'ardoises originel, l'escalier de bois supérieur et la différence d'épaisseur du mur. Au fil des années, il s’agrandit avec la minoterie, la salle des machines et le magasin. C’est en 1850 que la tour de trois étages fut construite. Une grande perche, la queue du moulin permettait de faire pivoter le toit autour du rail de bois posé sur le mur du troisième étage. On la fixait à l’aide des anneaux répartis sur le périmètre de la tour pour maintenir les ailes dans l’orientation du vent. Pour s’affranchir de l’irrégularité de l’énergie éolienne, une machine à vapeur assure la relève en 1910. Le développement de la production et l’évolution des techniques conduisent à la construction de la minoterie en 1922. En 1935 on construit le magasin pour stocker le grain et la farine. Les pierres utilisées proviennent de la carrière voisine. En 1923, un moteur diesel remplace la machine à vapeur. Les ailes qui n’étaient plus utilisées sont détruites par un orage en 1927. Un moteur électrique est substitué au moteur à mazout en 1943. En 1966, toute l’exploitation est abandonnée. Paul Guihard entreprend en 1972 la restauration ; le Moulin de Bel Air retrouve ses ailes en 1990. Le moulin devient « Gîte de France » en 1978, puis depuis 2002, il est  transformé en « Chambres d’Hôtes ».
Le Moulin de Bel Air était réputé pour la qualité de sa farine de blé noir, base de la fabrication des galettes bretonnes.

 

LE MOULIN DE BELLEVUE

Nous avons évoqué le moulin de Bel Air bien restauré, aménagé en chambre d’hôtes. Un autre moulin mérite le détour : en partant du bourg de Joué par la D24 direction Notre Dame des Langueurs, vous arriverez au village  « Les moulins de Bellevue ». A la sortie du village,  à droite près du chemin de remembrement, caché par les arbres, vous découvrirez un des trois moulins encore intact, hormis sa toiture. Le mécanisme existe encore à l’intérieur et le propriétaire actuel précise : «  Le dernier meunier M. Batard a du démonter les ailes dans les années 1950 afin de ne plus payer l’impôt sur les moulins ». Les trois moulins appartenaient  à la famille Moison. Dans les années 1930, ils fournissaient la farine de blé noir aux habitants du secteur. A proximité existe encore la base d’un second moulin partiellement arasé.
Autre moulin à vent disparu :
Au conseil municipal du 14 novembre 1875, il est question du moulin de Mouzinière, et de son meunier Julien Lefeuvre. Ce moulin,  maintenant disparu appartenait au château de la Chauvelière. Les pierres du moulin auraient servies à la construction de maisons à la Gicquelière.

 

LES MOULINS A EAU

En dehors des quelques moulins à vent évoqués dans les flashs précédents, la commune a possédé plusieurs moulins à eau. Le premier se situait dans le bourg au bord de l’Erdre, il était sans doute le plus ancien et sa construction plusieurs fois remaniée remonte au début du moyen âge, voire  avant . Un grand bâtiment , rue du lavoir, actuellement destiné au logement collectif,  était encore au XIX ème siècle la « minoterie hydraulique » avant de devenir à partir de 1911 jusqu’en 1986, l’immeuble de la mairie. A proximité, un moulin à papier a également fonctionné, son existence est attesté par un document de 1307. Ces deux moulins, comme celui disparu au petit Vioreau, faisaient partie des biens du château de Vioreau . Pour ce dernier, Le moulin  se situait sur la chaussée qui sépare actuellement le petit et le grand  Vioreau. A la construction du barrage et la création du lac, il a été démoli  en 1838 et ses pierres ont servi à renforcer la digue. Un autre moulin, celui du château de la Chauvelière est  toujours bien visible (carte de 1920 ci-dessous). Il fut exploité par Jean Visset à partir de 1913 puis par son fils Albert de 1949 à 1974. Il possède encore un très joli pont qui traverse l’Erdre. Ce passage fut autrefois la route royale. Un autre moulin a existé sur le ruisseau du pas Chevreuil, à proximité de l’étang qui fut asséché au XIX ème siècle par les moines de l’abbaye de Meilleraie. Enfin, signalons près du Jarrier, le lieu-dit « les moulins » sur les bords de l’Erdre, où pour l’instant, nous n’avons pas d’information.
Texte écrit avec la collaboration de Marie France Marchand, Philippe Taurisson, Stanislas Hardy, Marie et Lionel Visset.

 

Monument aux morts

Historique

Les Guerres

La guerre 14-18

    “Plus de 450 hommes de la paroisse furent mobilisés au soir du 3 août 1914. Lorsque le tocsin annonça la mobilisation, ce fut une consternation générale qui fut vite dissipée, tous ayant au cœur l’espoir d’une courte guerre et d’une victoire facile. Avant 7 heures, les hommes et les jeunes gens affluèrent à l’église et ensuite au presbytère pour se confesser, recevoir une médaille du Sacré-cœur, pour communier le lendemain matin. A minuit, le va-et-vient durait encore.
    L’organisation pour garder jour et nuit les routes, arrêter quiconque n’avait pas ses papiers en règle fut promptement faite. Pendant près de six mois cette garde fut montée par tous les hommes valides restés au pays. La préfecture, à cette époque, fit cesser cette garde, pourquoi?
    Les nouvelles qui arrivèrent bientôt du front consternèrent la population. Ce fut un dur labeur de remonter le moral de tout le monde. Puis vint l’annonce des premières victimes.  C’est le curé qui fut chargé d’aller annoncer à toutes les familles les tristes nouvelles. Je ne puis m’empêcher de mentionner ici la foi vive, la résignation complète à la volonté de Dieu que je trouvais dans toutes les familles éprouvées.
    Grâce à la générosité de M. le marquis de Goyon, maire, une ambulance fut installée dans les bâtiments du patronage (devenus salle polyvalente). Elle fut filiale de celle d’Ancenis. 221 soldats vinrent en convalescence. La population a fourni souvent: beurre, oeufs, légumes, fruits, mais tous les frais furent payés par le marquis qui avait refusé l’indemnité accordée par le gouvernement pour chaque soldat. Mme la comtesse La Gualès de Mézaubran, par ses soins assidus, a contribué à adoucir les maux de ces pauvres malheureux. Elle fut secondée par aimée Rouaud, cuisinière, la mère Dabouis préposée à la lingerie, Augustine Bouilly, Marie Nouais et Marie Melusseau du bourg. M. le Curé (Lesage) était administrateur.
    Les réfugiés belges qui vinrent à Joué furent bien accueillis par la population et rien ne leur a manqué.
    Pendant toute la guerre, mes deux vicaires étant partis au front, je suis resté seul pour assurer le service de la paroisse. Nous devons toutefois remercier le R.P. Eugène de l’abbaye de Meilleraye d’avoir bien voulu envoyer chaque dimanche le P. Bernard pour chanter la grand-messe. Je suivais chaque dimanche afin d’assurer les 3 messes et prêchais à chacune”.  (Le curé Lesage)
    Fermeture de l’Hôpital bénévole N° 146bis Joué-sur-Erdre. En avril 1917, le curé Lesage écrit dans l’Echo Paroissial : “Monsieur Godard, sous-secrétaire d’Etat au ministère de la Guerre, vient de nous adresser en tant qu’administrateur de l’ambulance, l’autorisation de fermer l’hôpital ouvert dès le début de la mobilisation...Cette ambulance que les habitants de la paroisse avaient installée, a rendu service à plus de 150 convalescents...Ceux qui ont fourni la literie, le lait, les légumes, l’argent, leur temps, soient remerciés. Ils ont fait leur devoir de Français, Dieu les en récompensera. Mardi prochain, 10 avril, à 2 h. (heure légale) nous remettrons à chacun les lits et les objets de literie prêtés”. (L’Echo Paroissial du 8 avril 1917)
    Le 17 novembre 1918, au conseil municipal, après avoir entendu “l’Hommage aux morts pour la Patrie”, il est voté le principe de l’érection d’une plaque commémorative dans la mairie.

Les victimes 14-18

    Voici la liste des victimes de la paroisse tombées au champ d’honneur :
1914
_ Louis Lemasson, bourg, 23 août _ Ferdinand Rupeau, Goudrie, 28 août _ Jean Baptiste Marchand, le Bois, 30 août _ Lieutenant Devallet, bourg, 9 septembre, _ Jean Pelé, Cormeraie, 12 septembre _ Louis Jaunasse, le Gatz, 1er octobre _ Benjamin Gicquiaud, la Gicquelière, 2 octobre _ Etienne Chardron, la Bolinière, 20 octobre _ René Belleil, Allon, 26 octobre _ Alexandre Paillusson, l’Ordonnière,  9 décembre _ Jean Morel, le Mortrais, 9 décembre _ Paul Bréger, le Pâtis, 9 décembre _ Alexandre Forget, la Tisonnière, 18 décembre _ Jean Héas, la Braudière, 21 décembre _ Jean Baptiste Renaud, la Tisonnière, 31 décembre.
1915
_ Louis Glémin, le Vieil-Essart, 24 février _ François Coué, le Bois, 26 février _ Paul Cormerais, la Cormeraie, 28 février _ Jean-Marie Médard, Haute-Folie, 28 février _ Marcel Leray, bourg, 5 mars _ Alexandre Dubois, le Plessis, 9 mars _ Pierre Harrouët, le Bas Ray, 2 avril _ Léger Branchereau, L’Ile, 12 avril _ Alexandre Marchand, Douve, 3 mai _ Jean Galpin, Bas Ray, 6 juin _ Louis Bouleau, Lucinière, 7 juin _ Jean Duhoux, Orgeraie, 7 juin _ Jean Marie Leray, Rouëlle, 10 juin _ Louis Bréhier, le Jarrier, 10 juin _ Pierre Papion, la Jaltière, 14 juin _ Jean Dubois, la Gicquelière, 25 septembre _  François Visset, la Braudière, 25 septembre _ François Jambu, le Bois, 25 septembre _ Pierre Roux, la Mulonnière, 24 novembre.
1916
_ Alexandre Bréhier, St Joseph, 13 février _ François Martin, Tisonnière, 13 février _ Jean-Marie Meignen, la Boustière, 26 avril _ Théodore Bouré, Bry, 2 juillet _ René Delaunay, Douve, 10 juillet _ Arsène Pitré, Haut Bois, 23 juillet _ Abbé Benjamin Mary, vicaire, 4 août _ Louis Leray, Bry,  22 août _ Pierre Bréhier, le Jarrier, 23 octobre _ Jean-Baptiste Cébile, la Freulière, 2 novembre _ Jean-Baptiste Belleil, la Mulonnière, 21 décembre.
1917
_ Jean-Marie Branchereau, St Joseph, 23 mars _ François Beaufils, bourg, 26 mai _ Louis Monnier, Bois-Touchas, 10 octobre _ Alexandre Bâtard, Haute Folie, 19 octobre _ Marcel Pitré, Haut-Bois, 27 octobre _ Georges Troël, Lucinière, 20 novembre _ Julien Branchereau, St Joseph, 26 décembre.
1918
_ Alexandre Paitier, la Haye-Porcher, 5 avril _ Marcel Duhoux, Orgeraie, 6 avril _ Jean-Baptiste Lambert, la Cormeraie, 28 mai _ Etienne Beaufils, la Sauvagère, 25 août _ Pierre Branchereau, L’Ile, 25 septembre _ Jean-Marie Braud, Rouille, 26 septembre _ Pierre Hamon, bourg, 9 octobre _ Julien Aubin, les Auberdières, 31octobre.
Total : 61 noms sur le registre de la paroisse de Joué.

Le dernier poilu de Joué/E  

    Né le 15 avril 1898, Gustave Bertrand fut incorporé le jour de ses19 ans à Fontenay-le-Comte au 150è Régiment d’Infanterie. Pendant un an, il apprendra comme tous soldats, à combattre. C’est le 30 mars 1918 qu’il arrive avec 800 compagnons sur St Dizier en renfort. Il fait alors partie du 26è Régiment d’Infanterie, 1ère Compagnie, 1er Bataillon. Son aspirant et grand camarade est Delimarès de la Chapelle-sur-Erdre qui sera sous-lieutenant le 11 novembre 1918 et deviendra plus tard Général des Armées.
        Témoignage recueilli et relaté dans “L’Eclaireur” du 9 novembre 1984

    C’est le dimanche 12 novembre 1995 que dans l’intimité familiale, M. de Pontbriand accompagné du Sous-Préfet, Mme Le Gualès, maire et Michel Cruaud président de l’association des anciens combattants, remit la médaille de la Légion d’Honneur à M. Gustave Bertrand.
    Dans ses souvenirs il raconte sa “p’tite blessure”, l’armistice au matin du 11 novembre,  et son retour à la maison, le lundi de la Pentecôte 1920.
    Il est décédé à la fin de février 1997.
        Sources et références : L’Eclaireur de novembre 1995 et février 1997

La guerre 39-45  

    Le 8 septembre 1943, pèlerinage à la Vierge de la Freulière (statuette au pignon de l’écurie au bord de la route). 300 pèlerins environ, à pied, à bicyclette, en voiture, sur le terre plein proche de la maison, les habitants de la Freulière et de la Braudière avait dressé et fleuri un autel...
    Au retour du pèlerinage, nous apprenons que l’Italie vient de signer l’armistice séparé (coïncidence, grâce?).
    Le 1er et 2 juillet 1944 : passage de Notre Dame de Boulogne à la Meilleraye de Bretagne. Les paroissiens jovéens s’y rendent le samedi soir à l’église paroissiale et le dimanche à l’Abbaye (présence de 500 jovéens au moins).
    Le 8 mai 1945 : Armistice. A 14 h, Te Deum suivi d’une procession au monument aux morts.
    Les prisonniers de Guerre qui ont vécu le 8 mai 1945 à Joué :
_ Jean Bidet de Notre Dame des Langueurs rapatrié le 6 mai 1945
_ Félix David de Notre Dame des Langueurs rapatrié le 1er juillet 1941
_ Louis Duhoux du Sacré-Cœur rapatrié le 1er avril 1941
_ Etienne Forget de la Gicquelière rapatrié le 16 janvier 1943
_ Roger Jolivot instituteur public rapatrié le 8 juin 1942
_ Etienne Leray de la Chauvelière (retraite au Mézay en Trans/Erdre) rapatrié le 27 avril 1945
_ Louis Monnier du Plessis (retraite au Bézier) rapatrié le 3 novembre 1940
_ Louis Niel du Vieil-Essart rapatrié le 3 avril 1943
_ Jean Rialland de la Sauzaie rapatrié le 30 avril 1945
_ Francis Martin, la Mulonnière (retraite route des Touches) rapatrié le 31 mars 1943

    Lors de la Commémoration de l’Armistice en 1985, plusieurs anciens combattants se remémoraient ces évènements.
    L’un se rappelait avoir vu 2 chars venant de Nort-sur-Erdre en pleine nuit avec des silhouettes américaines, un autre se souvenait avoir consommé 130 F de boisson au café Bouilli, l’après-midi (une bouteille au lieu d’une chopine) avec un copain…
    L’ensemble des jovéens se rappelait mieux la « Libération », le 5 et 6 août 1944 au lendemain de l’enterrement des frères Templé à la Meilleraye de Bretagne : la 1ère voiture américaine passant à Joué était une ambulance.
        Sources et références: Archives paroissiales et souvenirs de jovéens.

Le Monument aux Morts

    Le premier Monument aux Morts a été béni le 21 janvier 1917. Il est érigé dans la chapelle Est, au fond de l’église St Léger.
    Sorti des ateliers du sculpteur Vallet de Nantes, le groupe en pierre de Château-Gaillard, repose sur un soubassement en pierre de Lavour dure. La “Piéta”, la Vierge agenouillée près de son Fils qu’on vient de descendre de la croix, rappelle la Mère des Douleurs. Les plaques de marbre noir furent placées plus tard.
    “Ce sont les dons de tous les paroissiens qui ont permis d’élever ce beau monument”
    Sources et références : _Archives paroissiales, du 21 janvier 1917, écrites par le curé Lesage
                                                 _L’Echo Paroissial n° 522 du 28 janvier 1917.  

    Le second Monument fut érigé sur la place du Champ de foire, devant l’entrée du cimetière. Il fut béni, et plus exactement la croix, le dimanche 29 novembre 1931, après la messe de 8 h. et suivant un protocole très précis. (L’Echo Paroissial n° 1022 du 22 novembre 1931).
    Il avait été décidé lors du Conseil Municipal du 20 juillet 1930, Alphonse Doulain étant maire, pour 2 925 F inscrits au budget 1931.
    Suite au décès du maire, le conseil, dans sa séance du 1er mars 1931, avait désigné le trésorier de l’UNC, Léon Guinel pour être mandaté de la subvention de la commune. (Yves Bainvel sera élu maire le 29 mars).
    Dans la séance du 17 mai 1931, le maire prétend que le monument a été élevé irrégulièrement : 1°) parce que l’autorisation exigée par la loi du 30 mai 1916 pour recueillir des souscriptions en faveur des oeuvres de guerre n’a été ni demandée, ni obtenue; 2°) parce que l’érection n’a pas été approuvée par l’autorité préfectorale... 3°) l’autorisation du C.M. contenue implicitement dans sa délibération du 20 juillet 1930 était subordonnée à l’approbation du plan de l’ouvrage à édifier, condition qui n’a pas été remplie.
    M. le président du comité d’érection (Jules Doussin) proteste et déclare que le plan a été communiqué au conseil dans sa séance du 14 septembre 1930... Plusieurs anciens conseillers déclarent que plusieurs plans à titre indicatif, notamment celui de Montbert ont été communiqués, mais qu’ils n’ont jamais vu celui du monument actuellement érigé à Joué-sur-Erdre.
    Le maire traduit les inquiétudes du C.M. relativement à la situation financière du comité d’érection. M. le président fait alors connaître qu’il manque environ 8 000 F pour achever de le payer. A la question de l’inauguration prévue le 24 mai, M. Doussin reconnaît qu’il doit d’abord être payé entièrement. M. le maire fait remarquer au conseil cette situation paradoxale et en dehors des règles habituelles qui consistent à inaugurer un monument public sans en faire en même temps la remise. Par 15 voix contre 5, le conseil décide de surseoir à l’inauguration.
    Le 20 mai, les plans sont déposés officiellement à la mairie et le conseil les approuve dans sa séance du 14 juin 1931. Dans cette même séance, le conseil approuve l’apposition d’une plaque sur le socle du Calvaire du cimetière de Notre Dame des Langueurs.
    Une assemblée générale des anciens combattants, le 20 décembre 1931, parle d’un emprunt concernant le monument mais ne précise ni la somme, ni la durée...
    Le 16 juin 1946, le conseil municipal vote 5 000 F pour y inscrire les victimes de 39-40.
    Le 22 décembre 1954, le conseil décide de repeindre le monument et de compléter les noms.
    Le 2 avril 1968, le conseil décide l’inscription de Claude Branchereau “mort pour la France” en Algérie.
Déplacement du Monument aux Morts dans le parc de la mairie
Conseil municipal du 14 juin 1993 (page 159) : Le projet de déplacement du Monument aux Morts ayant reçu l’assentiment des associations d’anciens combattants et dans le cadre des travaux d’aménagement du bourg, la commission chargée de ce dossier avec les Conseils de Monsieur Amineau, architecte, choisira un nouveau lieu d’implantation. Une proposition verbale de l’établissement Herbet/Boulet estimait à 500F de l’heure le démontage de la colonne et 10f au km pour le déplacement.
    Cette même année 1993, à l’occasion du 75e anniversaire de l’Armistice 14-18, la population et les anciens combattants avaient répondu nombreux à la cérémonie d’inauguration du nouvel emplacement du Monument aux morts dans le parc de la mairie.
    Mme Le Gualès, maire, souligna que l’idée de déplacer le Monument aux morts se fit jour presque naturellement : les encombrements de la place, le bruit des moteurs, la vitesse excessive des véhicules gênant énormément le déroulement normal des cérémonies du souvenir, et par ailleurs l’aménagement du bourg fut une opportunité à saisir pour réfléchir à ce sujet.
    Les anciens combattants et la municipalité trouvèrent un parfait “terrain d’harmonie” dans le cadre verdoyant du parc de la mairie...
    Conseil municipal du 7 février 1994 (page 194) : Mise en place des obus autour du Monument _ Requête de l’UNC-AFN. Par courrier en date du 19 janvier 1994, Monsieur Cruaud, président, informa Madame le Maire du souhait de l’UNC-AFN de voir se remettre en place, autour du Monument, les chaînes et obus. Le Conseil Municipal, quoique réticent, décide de satisfaire à la demande de l’Association.
        Sources et références : _Les délibérations du Conseil Municipal.

                              _ Recherches publiées dans L’Eclaireur des 5,12 et 19 nov.93 : voir ci-dessous

1918 : les premières dispositions du souvenir patriotique

Convoqué le 14 novembre 1918, le Conseil Municipal s’est réuni le 17 novembre. En fin de séance, Monsieur le Comte Le Gualès de Mézaubran prend la parole en ces termes (livre des délibérations, page 267) : « Messieurs, en ce jour de triomphe de la France et de ses alliés, nous devons faire monter jusqu’à Dieu le cri de notre action de grâce, mais nous devons aussi un souvenir ému et respectueux à nos chers disparus, qui, en versant leur sang et en donnant si magnifiquement et si généreusement leur vie ont préparé notre splendide Victoire. Qu’il nous soit permis également de témoigner notre admiration et notre reconnaissance à Monsieur Georges Clémenceau qui gagna la gloire d’être mis au rang des Grands Français par lesquels aux jours de péril la France fut sauvée, au Maréchal Foch organisateur de la Victoire, à tous ces admirables combattants qui révélèrent le trésor inépuisable des vertus ancestrales que recèle l’âme de la France.
Pour commémorer le souvenir des enfants de Joué sur Erdre qui sont morts si glorieusement pendant cette épouvantable guerre faisant un rempart de leurs corps à ces bandits de Boches qui avaient jurés d’asservir notre France et de dominer le monde. Je propose à l’assemblée communale de faire placer une plaque de marbre sur laquelle leurs noms seront inscrits ».
Le C.M. à l’unanimité des membres présents s’associe aux paroles de M. le Comte Le G. et vote le principe de l’érection d’une plaque commémorative dans la mairie de Joué sur Erdre dès que les circonstances le permettront.
Le 20 juillet 1930, Monsieur le Maire communique une lettre de Monsieur le Président de la section locale de l’UNC demandant au CM un emplacement sur un terrain communal pour y élever un monument aux morts de la guerre et une subvention de la Commune pour participer à l’érection de ce monument… Le CM, après en avoir délibéré, décide, sous  réserve que les plans du monument projeté seront soumis à l’approbation de la Municipalité, qu’il sera élevé sur la place du Champ de Foire, près de l’entrée du cimetière et vote une subvention de 2 925 F qui sera inscrite au budget primitif de 1931.

1931

Depuis le 29 mars 1931, Monsieur Yves Bainvel a succédé à Alphonse Doulain à la tête de la mairie. Dans la séance du 17 mai 31, Monsieur le Maire prétend que le monument a été élevé irrégulièrement « 1er parce que l’autorisation exigée par la loi du 30 mai 1916 pour recueillir des souscriptions en faveur des œuvres de guerre n’a été ni demandée ni obtenue, 2ème parce que l’érection n’a pas été approuvée par l’autorité préfectorale…, 3ème l’autorisation du CM contenue implicitement dans sa délibération du plan de l’ouvrage à édifier, condition qui n’a pas été remplie ».
Monsieur le président du Comité d’érection (Jules Doussin) proteste et déclare que le plan a été communiqué au Conseil dans sa séance du 14 septembre 1930… Plusieurs anciens conseillers déclarent que plusieurs plans, à titre indicatif, notamment celui de Montbert, ont été communiqués, mais qu’ils n’ont jamais vu celui du monument actuellement érigé à Joué sur Erdre.
Monsieur le Maire traduit les inquiétudes du CM relativement à la situation financière du Comité d’érection. M. le Président fait alors connaître qu’il manque environ 8 000 F pour achever de le payer. A la question de l’inauguration prévue le 24 mai, M. Doussin reconnaît qu’il doit d’abord être payé entièrement. M. le Maire fait remarquer au Conseil cette situation paradoxale et en dehors des règles habituelles, qui consiste à inaugurer un monument public sans en faire en même temps la remise. Par 15 voix contre 5, le Conseil décide de surseoir à l’inauguration.
Le 20 mai, les plans sont déposés officiellement à la mairie et le CM les approuve dans sa séance du 14 juin 1931. Dans cette même séance, le Conseil approuve l’apposition d’une plaque sur le socle du Calvaire du cimetière de Notre Dame des Langueurs.
Une assemblée générale des anciens combattants, le 20 décembre 1931 parle d’un emprunt concernant le monument mais ne précise ni la somme, ni la durée…
Dans l’Echo paroissial du 22 novembre 1931, M ; le Curé annonce la « Bénédiction du Monument » : « La bénédiction du second monument élevé à la mémoire des enfants de Joué morts pour la France aura lieu, dimanche prochain 29 courant. Le sermon sera donné par Monsieur le Chanoine Lemoine vicaire général. Aussitôt la messe, départ de la procession pour se rendre au monument, dans l’ordre suivant : bannières et croix, enfants de toutes les écoles, Jeunesse Catholique, chantre, clergé à la suite, Monsieur le Maire et son conseil, les autorités, les anciens combattants, les vétérans avec leurs drapeaux, la foule… »

1946

Monsieur le Maire (Jean Belleil) propose au CM d’inscrire à l’emprunt de 200 000, une somme de 5 000 F, destinée 1er à effectuer les réparations et le nettoyage nécessaire au Monument aux Morts, 2ème à inscrire sur ce monument, les noms des victimes de la guerre 39-45

1993

Le 14 novembre, le monument déplacé est inauguré dans le cadre de la Commémoration de l’Armistice.
 

Nombre d’inscrits sur le Monument aux Morts dans le parc de la mairie :

_ 1914 : 17 noms
_ 1915 : 26   “”
_ 1916 : 20   “”
_ 1917 : 10   “”
_ 1918 : 11   “”
_ 39-45 : 12  “”
_ 1952 (Indochine) : 1  “”
_ 1958 (AFN) : 1  “”

Remarques sur les tables des inscrits
Guerre 1914-1918 : Certaines victimes sont inscrites sur les 3 monuments (mairie, église, cimetière de Notre Dame des Langueurs) d’autres sur 2, d’autres sur 1 seulement. Plusieurs noms sont inscrits sur des tables annuelles, ou différentes d’un monument à un autre, ou non notés sur les registres d’Etat Civil avec la mention « Mort pour la France ». Enfin 3 soldats notés sur les registres « Mort pour la France » (1919, 1920, 1923) ne sont pas gravés sur le monument, alors qu’il a été érigé seulement en 1931.
Guerre 1939-1945 : 12 noms dont Robin Paul (Tonkin) rapporté une nouvelle fois au-dessous « Paul Robin (Indochine) »
Guerre AFN : Claude Branchereau 1938-1958 (AFN). Ce nom n’est pas retranscrit dans les registres d’Etat Civil de Joué-sur-Erdre, ni dans les naissances, ni dans les décès.

Façade du Monument aux Morts de la mairie
Croix de guerre
Crucifix avec la palme de la paix
Texte : « A la Mémoire des Enfants de Joué-sur-Erdre, tombés pour la défense de la France. Le triomphe du Droit et de la Liberté. La population reconnaissante ».
Table des victimes 1939-1945
Table d’un soldat guerre d’Indochine
Table d’un soldat guerre AFN
Soubassement métallique en relief d’un soldat 14-18 tombant au champ d’honneur en pensant à sa famille restée au pays : signé Pierre-Victor Dautel*

*Pierre-Victor Dautel 1873-1951 est un artiste graveur partageant son temps entre Paris et Saint-Géréon (revue de l’ARRA n° 21 de 2006). Il est l’artiste des quatre reliefs du même genre sur le Monument aux Morts d’Ancenis. Pour celui de Joué, on ne trouve nulle part, les traces de sa facture personnelle : on peut supposer que son cachet était englobé avec celui du tailleur de pierre.

Coût du Monument aux Morts   (pièce XIV du conflit mairie-UNC de 1931)

Débit : Factures et devis :
David : 57, 40 Frs
Martin-Hamon : 104, 50 Frs
Doulain-Péneau : 213, 00 Frs
Félix Cruaud : 444, 50 Frs
J. Hochet : 153, 00 Frs
R. Trovalet : 106, 00 Frs
Dagobert : 60, 00 Frs
Bertrand : 493, 60 Frs
Les Granits de l’Ouest : 28 520, 00 Frs
Frais supplémentaires prévus : 247, 25 Frs
Facture Hupel : 433, 00 Frs
Total : 30 833, 00 Frs

Crédit :
Numéraires en caisse : 18 241, 15 Frs
Somme souscrite par la commune budget : 2 925, 00 Frs
Marquis de la Ferronays, Comte Le Gualès et divers : 9 666, 85 Frs
Total : 30 833, 00 Frs

Victimes de la Guerre 1939-1945 (inscrites sur le monument)
_ De Charrette Jean : (aucun renseignement dans l’Etat Civil de la commune)
_ Denion Alexandre : Mairie n° 20 de 1946, dcd le 30 avril 1945 à Marhlhofen en Allemagne, prisonnier de guerre, né le 24 déc. 1919
_ Elin Maxime : Mairie n° 11 de 1944, dcd le 10 juin 1940 à Oisy (Ardennes), soldat du 10è Rgt Artillerie Coloniale, né le 14 oct. 1907
_ Harrouet Emile : Mairie n° 15 de 1948, dcd le 7 août 1944 à Weisseufeld en Allemagne, soldat du 116è Rgt Inf., né le 14 juillet 1907.  
_ Jamet Pierre : Mairie n° 13 de 1943, dcd le 5 juin 1940 à Formerie (Oise), soldat du 3è Rgt de Dragons, né le 29 juin 1911
_ Legaillard Joseph : Mairie n° 14 de 1943, dcd le 17 juin 1941, rapatrié d’Allemagne du 218è Rgt Inf. lourde à Bourg en Bresse, né le 4 juin 1905
_ Moison Gilbert : Registre de NDL n° 10 de 1941 (+ le monument de NDLangueurs), dcd le 21 août 1941 à Paris, soldat du 65ème Rgt Infanterie
_ Moreau Henri : (aucun renseignement dans l’Etat Civil de la commune)
_ Rialland Pierre : Mairie n° 25 de 1944, dcd le 4 août 1944, né le 25 août 1922, à son domicile
_ Bastard Jean : Registre de NDL n° 19 de 1946 (+ le monument de NDLangueurs), dcd le 26 février 1946 entre Rasenburg et Holwex en Allemagne, du 70è Rgt d’Artillerie, né le 20 janvier 1902, domicilié à la Garais, époux de Marie-Louise Raitière.
_ Dousset Etienne : Registre de NDL n° 13 de 1946 (+ le monument de NDLangueurs), dcd en déportation au Struthof (Alsace) le 6 nov. 1944, né 12 janvier 1927
_ Merlaud L (non inscrit sur le monument de la mairie) : monument de NDLangueurs. (aucun renseignement dans l’Etat Civil de la commune)
_ Fourny M. (non inscrit sur le monument de la mairie) : monument de NDLangueurs. (aucun renseignement dans l’Etat Civil de la commune)
_ Bouré Louise (non inscrite sur aucun monument mais émargée sur le registre Etat civil n° 18 de 1943, « Mort pour la France » le 16 sept. 1943 à Nantes, née le 16 février 1885

Victime de la Guerre d’Indochine
Robin Paul (Tonkin), puis noté : Paul Robin 1930-1952 (Indochine) : acte de naissance n° 24 de 1930 émargé ‘décédé le 28 mai 1952 à Vien-Dinh (Tonkin), « Mort pour la France ».

Victime du conflit en Algérie (AFN)
Claude Branchereau 1938-1958 (AFN). Registre de NDL n° 16 de 1958. Soldat au 28è BCA, dcd le 11 sept. 1958 à Bougie (Constabntine), né à la Chapelle sur Erdre le 5 janvier 1938, fils d’Albert Branchereau et d’Anne Lebastard. Transcription annotée « Mort pour la France ».

Recherches de Stanislas Hardy : août 2012